La Vraie Croix d'Anjou... au fil de l'histoire

Au cœur de Baugé, la Congrégation des Filles du Cœur de Marie détient le privilège de posséder, depuis deux cents ans, une insigne relique de la Vraie Croix.

Selon la tradition, cette relique est un fragment de la Croix du Sauveur.

IVème siècle

Les fouilles ordonnées par l'impératrice Hélène sur le Golgotha à Jérusalem, en 327-328, mirent à jour trois croix. Celle dont l'attouchement permit la guérison miraculeuse d'une malade fut reconnue comme l'instrument de la mort du Sauveur.

Alors, l'impératrice partagea la relique en deux parties. Elle en confia une au patriarche de Jérusalem, l'autre à l'empereur Constantin, son fils.

Au fil des âges, de nombreux morceaux en furent détachés.

Le fragment vénéré à Baugé est, par son volume, le deuxième de France après celui de la Sainte Chapelle, et le onzième de toute la Chrétienté.

XIIIème siècle

En 1241, un seigneur angevin, Jehan d'Alluye*, contribue à la défense de la Crète. En récompense, il reçoit de l'évêque Thomas de Crète, des parcelles du bois de la Rédemption assemblés en forme de croix à double traverses.

Rentré en France, Jehan d'Alluye offre la précieuse relique à l'abbaye cistercienne de la Boissière, à Dénezé-sous-le-Lude. Dans une chapelle votive, édifiée pour lui servir de reliquaire, les fidèles la vénèrent.

Pendant la guerre de Cent ans, les Anglais et les routiers pillent les campagnes angevines. Pour soustraire la relique à leurs convoitises les religieux la confient à la protection du duc d'Anjou.

XIVème siècle

Le 12 juillet 1359, le duc Louis Ier, second fils du roi Jean Il le Bon, l'expose dans la chapelle du château d'Angers.

Quelques années passent. Le duc décide de décorer la Croix d'une parure de joyaux. Les orfèvres du roi Charles V placent sur chaque face de la Croix un Christ en or massif, surmonté d'un médaillon frappé d'un agneau sur une face, d'une colombe sur l'autre.

Le sommet du montant et les extrémités des traverses sont gainées d'or pur, la base sertie dans un socle de vermeil. Dix-sept rubis et dix-neuf saphirs en cabochon ornent les branches, la croisée supérieure et le socle.

Le duc Louis Ier érigea en son honneur une confrérie et un ordre, l'Ordre de la Croix.

L'image de la précieuse relique figure sur la tapisserie de l'Apocalypse conservée au château d'Angers. René, duc d'Anjou et de Lorraine, roi de Sicile, adopta la croix à double traverse sur ses armes et ses monnaies. Son petit-fils, René II, la plaça sur sa bannière. Vainqueur de Charles Le Téméraire, il la donna pour emblème à son duché de Lorraine et à sa capitale Nancy.

La Croix d'Anjou, devenue Croix de Lorraine, deviendra en 1940 l'emblème de la Résistance, sur la proposition d'un lorrain, l'amiral Muselier.

La Croix d'Anjou reviendra à l'abbaye de la Boissière au milieu du XVème siècle. Elle y restera jusqu'à la Révolution.

XVIIIème siècle

En 1790, déclarée bien national, la relique doit être vendue aux enchères à Baugé. La fondatrice des Incurables de Baugé, Anne de la Girouardière, l'acquiert pour 400 livres. La translation de la Vraie Croix dans la chapelle des Incurables eut lieu le 17 octobre 1790. Une cérémonie solennelle rassembla les autorités religieuses et civiles de la ville et de toute la contrée. Le curé René Bérault porta la relique entre deux haies de gardes nationaux qui présentaient les armes sur son passage.

La chapelle de la jeune communauté eut la joie d'accueillir une si belle représentation de Jésus-Christ en croix : le Christ de la foi.

Crucifié, ressuscité ! La Communauté que Mademoiselle de la Girouardière venait de fonder était vouée à l'adoration du Sauveur en son Eucharistie et à l'accueil des membres souffrants de Jésus Christ : cet esprit anime toujours la Communauté du Cœur de Marie, compatissante au pied de la Croix.

Echappée aux fureurs iconoclastes de la Terreur, la Vraie Croix est désormais présentée à de nombreux visiteurs dans la chapelle des Filles du Cœur de Marie. Les Chrétiens vénèrent ce témoignage ou ce signe tangible de la Passion du Christ et de leur rédemption. A tous, cette relique propose une réflexion sur les origines et les permanences de notre histoire et de notre civilisation.

XXIème siècle

En 2021, les Sœurs de la Congrégation des Filles du Cœur de Marie, héritières et gardiennes de ce précieux trésor entament une réflexion communautaire pour rendre accessible la Vraie Croix d'Anjou au plus grand nombre.

Le dimanche 8 juin 2025, en la solennité de la Pentecôte, (en mémoire de l'anniversaire de la Fondation de la Congrégation, née le 23 mai 1790, en la solennité de la Pentecôte), le Sanctuaire de la Vraie Croix d'Anjou est érigé dans la chapelle de la communauté, grâce au soutien de :

  • une équipe de bénévoles engagés, « les Amis & Ambassadeurs de la Vraie Croix d'Anjou »,
  • une communauté de Bienfaiteurs,
  • nombreux acteurs et partenaires : la DRAC, le Diocèse d'Angers et le Pôle d'Animation Missionnaire Baugeois-Vallée, Anjou Tourisme, la ville de Baugé-en-Anjou, la Fondation Charles de Gaulle, la Conservation Départementale du Patrimoine, l'office de Tourisme Baugeois-Vallée...